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Carnet de bord des marins de Turgot

Mardi 9 mai, Pierre Housez, professeur de mathématiques du lycée Turgot de Roubaix dans le nord, a accompagné 9 élèves volontaires pour une aventure tout à fait exceptionnelle.
C’est en effet la première fois dans l’académie de Lille qu’un établissement scolaire, dont le Proviseur Olivier DUPAS est Capitaine de Corvette de réserve et membre de l’ACORAM, est à l’initiative d’un partenariat avec la Marine Nationale, permettant l’embarquement de lycéens pour découvrir la Défense et ses métiers, et pour faire vivre le lien armées-nation.
Les enquêtes réalisées au cours des dernières années montrent que les Français font confiance à celles et ceux qui assurent leur défense et qu’ils ont une bonne opinion des forces armées françaises. Ils savent que les militaires sont aux service de la Paix et que quand la défense avance, la paix progresse. Mais les français, et notamment les plus jeunes, connaissent-ils suffisamment la défense ?
La tradition républicaine veut que la défense reste l’affaire de tous les citoyens. Dans l’éducation nationale, l’enseignement des principes et de l’organisation de la défense nationale et européenne a été intégré aux cours d’histoire et d’éducation civique afin de faire de l'esprit de défense (économique, civile ou militaire) une des composantes de l'éducation civique des jeunes. Mais pour favoriser la découverte des réalités de la défense, des partenariats entre établissements scolaires et des unités militaires opérationnelles peuvent être mis en place afin de renforcer les liens entre les communautés enseignantes et militaires en favorisant les échanges d'expériences. C’est ce qu’à décidé de faire le lycée Turgot avec la Marine Nationale et le bâtiment de soutien mobile « Loire ». En effet l’école et la défense ont beaucoup à gagner à ce rapprochement. Tout prouve en effet que les militaires partagent avec les personnels d’éducation un certain nombre de valeurs fondamentales comme la défense du service public et la participation à la cohésion nationale.
Le choix a été fait en 1996 de passer progressivement d’une armée mixte à une armée entièrement professionnelle au niveau technologique élevé. Cette professionnalisation est consolidée par la loi de programmation militaire 2003 - 2008 qui prévoie le recrutement d’environ 28 000 personnes par an. La défense constitue donc une possibilité d’insertion professionnelle. En effet, au sein de la défense nationale, de nombreux métiers sont exercés. Favoriser l’insertion professionnelle c’est l’axe majeur du projet du lycée Turgot et c’est donc aussi pour une découverte approfondie et en mer, de la vie d’un bateau militaire et des métiers qui sont exercés à bord que ce partenariat a été mis en place.
Ces métiers ce sont notamment ceux de l’électrotechnique, principal pôle de formation du lycée Turgot, car le bâtiment de soutien mobile « Loire » est au service des forces navales pour un soutien technique.

Ce projet entre donc dans le cadre de actions relatives au lien armées-nation et à l’insertion professionnelle, et fait suite à une conférence « infos carrières » proposée dans l’établissement en avril dernier par le bureau d’informations sur les carrières de la marine.

C’est aussi une action du dispositif « lycée de toutes les chances » (avec l’aide du Conseil régional), car c’est une chance unique de passer de la conférence à la réalité du terrain.
Une aventure exceptionnelle dont voici le carnet de Bord:
C’est l’histoire d’un partenariat original entre l’Education et la Marine … et avec le concours inattendu de la Météorologie non moins nationale car il a fait beau durant tout la traversée. En voici l’essentiel.

 Mardi:
Azzdine, Sébastien, Cédric et Julien bac pro PSPA, Mathieu bac pro ELEEC, Joffrey et Anthony (respectivement BEP et CAP électrotechnique) sont accueillis à Brest mardi par le commandant en second dans le PC opérationnel.

Première leçon, la sécurité: il leur est attribué un emplacement de rassemblement et un radeau de survie ; une fiche indiquant le n° de téléphone de la veille sécurité, s’il sentent une odeur suspecte, ils sont tenus de réagir promptement dans l’intérêt de tous.

Deuxième leçon, la sécurité: on leur remet la combinaison réglementaire que porte le matelot comme le commandant car elle est ignifugée et porte des bandes fluorescentes.

Troisième leçon, la sécurité: la circulation à bord. Elle n’est pas la même selon que l’on est à quai, en mer ou en exercice. La fermeture des portes répond à une logique précise.
L’accueil et le contact, tout au long de ces quatre jours, seront francs et directs, carrés mais ouverts et compréhensifs. 4 jours à bord ça ouvre l’esprit et pour Azzdine ca change tout « on la voyait pas comme ça la Marine, on les prenait pour des Rambo mais on s’aperçoit qu’ils ont un avant tout un vrai métier » et Anthony d’ajouter « la solidarité est très forte à bord » et pour Matthieu c’est avant tout « Le respect entre les personnels qui est le plus impressionnant » Ils vivront à part, hébergés à l’infirmerie, non concernés par les travaux militaires, mais intégrés à la vie quotidienne, avec accès à l’ensemble des zones sauf les transmissions. Deux personnels les encadrent et répondront à toutes leurs questions.
Lits au carré et repas à la cafétéria de l’équipage terminent la journée.

 Mercredi:
Postés sur les ailerons du pont supérieur, ils sont aux premières loges pour observer les manœuvres d’appareillage et de sortie du port. Deux dauphins semblent leur faire la fête. C’est la découverte de la passerelle : radar, sonar, suivi de la route sur cartes (papier et informatique). Sébastien est le premier du groupe à prendre la barre. Cependant le plafond est bas : les exercices d’hélico sont annulés. Un exercice « homme à la mer » est réalisé.
Un débriefing de cette activité est réalisé par l’officier de quart afin de comprendre l’ensemble des manoeuvres.
Visite de la DDI (Direction des Interventions), en cas de sinistre, c’est de là que l’on concentre les informations et dirige la lutte contre l’incendie ou la voie d’eau. Visite du PC sécurité où deux personnes veillent en permanence.
Sieste. Puis, un cours sur la survie en mer est donné par le médecin de bord à une partie de l’équipage, nos jeunes y sont intégrés.
Fin d’après midi : briefing sur la suite du stage ; il leur est proposé de participer en rotation par deux à des ‘quarts’ en navigation, à la propulsion, en PC sécurité ou au groupe électrogène. Après le repas, ils sont tous volontaires pour effectuer une partie du quart de 20-24h. Nous sommes au niveau des îles anglo-normandes.

 Jeudi:
Lever 7h00 pour être opérationnels à 7h30. La visite complète du bâtiment est prévue. Comme « La LOIRE » est un bateau de soutien, de logistique et réparation, il faudra près de … trois heures pour en avoir une idée et s’y retrouver. Tout nous est présenté : la partie bord, commune à tous les bateaux et la partie ateliers et magasins, particulière à celui-ci. Un arrêt plus long sera fait dans le secteur électricité où deux personnels –titulaires d’un BTS- refont le bobinage de moteurs –d’origine- ayant cramés.
Soudain, c’est l’alerte, une fumée épaisse est signalée. L’équipe est consignée à l’infirmerie, interdiction d’en bouger. De partout, c’est la mobilisation, les responsables sécurité, pompiers brevetés revêtent la combinaison lourde, masque, bouteilles d’air comprimé.

Pas de panique, c’est un exercice grand format qui concerne pratiquement les ¾ de l’équipage. Tout est chronométré et évalué.

Leur second quart d’observation est interrompu par une nouvelle activité : le chasseur démineur La PEGASE nous a rejoint pour un entraînement de navigation de concert et de transbordement de matériel. Impressionnant : le mot est faible en regard de la précision et du professionnalisme mis en œuvre. D’autres exercices suivront, plus militaires ou de police de la mer.
En fin de journée, l’équipe assiste au débriefing de la journée au PC : évaluation de chaque activité. Briefing de la journée suivante : l’arrivée de l’adjointe en hélico avec le pilote du port de Dunkerque, chenalage et accostage, accueil des établissements scolaires et différents invités. Nouvelle rotation dans les quarts.
Certains prolongeront leur quart pour se faire expliquer la lecture des constellations stellaires…

 Vendredi:
L’équipe l’a décidé la veille : 05h30, elle accueille Mme LANTIEZ, proviseur adjointe, à sa descente de l’hélicoptère.
La matinée est occupée à effectuer des comptes rendus, transférer les photos individuelles sur un PC commun, préparer l’accueil du groupe des copains qui viennent en début d’après midi. Et rendre l’infirmerie dans son état initial. Le Capitaine de Frégate Bruno TANQUERAY, Commandant du bateau, les accueille pour un dernier débriefing et leur souhaiter bon vent pour leurs études et examens.… La sieste s’effectuera dans le bus de retour cette fois.
Vendredi soir c’est au tour d’Olivier Dupas, Proviseur de se rendre à bord du BSM Loire à l’invitation du Commandant. Pour cette occasion, il accompagne Michel Soussan, Inspecteur d’académie du Nord, membre lui aussi de l’ACORAM.
Le bilan du stage à bord est ultra positif, il se résume en une phrase du Capitaine de corvette Abarnou, commandant en second, « Voir débarquer ces jeunes roubaisiens d’un quartier sensible nous avait rendus méfiants, mais il se sont tellement impliqués, ils ont fait preuve d’un tel sérieux, que s’il y avait eu un officier recruteur à bord, je pense qu’il les aurait tous engagés sur le champ ! » . Et l’essentiel de ce qu’ils ont découvert est résumé par le commandant : « Ils ont compris que n’importe quel maillon de l’équipage, même le plus faible doit être fort, car dés qu’il manque un maillon, l’équipage ne fonctionne plus ». Ils sont transformés et semblent avoir compris le message du commandant. Avant de se forger un projet professionnel incluant éventuellement la Marine, il leur reste à terminer leur formation scolaire au mieux (mention pour les terminales bac par exemple). La promotion et l’ascenseur social qui existent dans la Marine, seront maximisés par la possession d’une formation de base de qualité. Des paroles qui ont fait chaud au cœur du Proviseur qui n’a désormais qu’une idée en tête : « Commandant, on recommence quand ? ». Pierre Housez, professeur de mathématiques et de sciences enseigne au lycée Turgot depuis 25 ans. Totalement investi dans ses missions d’enseignant, pédagogue reconnu, instigateur d’une multitude de projets éducatifs, avec plein d’idées en tête, il toute de suite voulu participer à cette aventure. Et pourtant son parcours personnel ne le destinait pas vraiment à endosser l’uniforme militaire. Délégué syndical depuis toujours, militant écologiste, il a porté sur cette action avant tout, un regard d’éducateur et de formateur, conscient que cette incroyable occasion de vivre 4 jours sur un bateau de guerre ne pouvait que favoriser la construction d’un projet professionnel et participer à la réussite de l’insertion qui reste toujours et avant tout le but premier d’un établissement comme Turgot et de toute son équipe enseignante.
Participants:

- Terminale Baccalauréat Professionnel PSPA:
AM ALLEM Azzdine né le 24/07/1987 à Lille
BULTEAU Sébastien né le 22/10/1985 à Roubaix
MENSAH Cédric né le 27/12/1985 à Créteil
PADO WA PADO Julien né le 14/01/1984 à Kinshasa
de nationalité Zaïroise, en voie naturalisation française.

- Terminale Baccalauréat Professionnel ELEEC:
MATTHIEU Marlière né le 14/03/1987 à Roubaix

- Terminale CAP Électrotechnique:
FOURNIER Anthony né le 07/12/1988 à Cambrai

- 2nde BEP Métiers de l’Électricité:
OPSOMER Joffrey né le 01/08/1989 à Croix

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