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Le Havre, la ville réinventée,

« Réveiller la belle endormie », telle est la devise de la municipalité qui, après plusieurs années d’efforts, a réussi à rendre aux havrais leur fierté. La ville ne manque en effet pas d’atouts pour démarrer le troisième millénaire « en Avant Toute! 

Panorama de la Ville

 

Une cité d’avenir au passé prestigieux

Un passé militaire trop souvent méconnu

Un chaudron politique et social

Bouillon de cultures

Une ville à fleur de port

La ville réinventée

Un avenir jeune

 

Une cité d’avenir au passé prestigieux

Tel ces grands projets sortis de l’imagination de nos présidents, Le Havre est né en 1517 d’une volonté royale. Alors qu’Harfleur sur la rive nord de la Seine, et Honfleur sur la rive sud, subissent les assauts des courants, du sable et des galets, François 1er décide de créer ex-nihilo un nouveau port où abriter en sûreté sa flotte de guerre. Malgré les marais, les conditions climatiques et les détracteurs de toutes sortes, le projet ira jusqu’à son terme. Du modeste bassin initial, Richelieu fera ultérieurement un vrai port, auquel l’ingénieur d’Argencourt, sur ordre de Colbert, adjoindra une citadelle faisant de la place « la plus sûre de Normandie ». Quant à la ville, née bien après le port, elle accompagnera le développement de ce dernier, modelant sa géométrie sur les nouveaux bassins. Lorsque la volonté politique ou les finances publiques feront défaut, l’initiative locale d’un monde maritime fort prendra le relais. Ainsi le plan Lamandé (1786), décidé par le roi Louis XVI lors de sa venue mais jamais réalisé du fait des évènements révolutionnaires, sera-t-il achevé par les négociants et armateurs de la place. Sans doute est-ce la raison pour laquelle ce bassin du commerce reste si cher au cœur des Havrais comme un symbole fort de la « maritimité » de leur ville.

De ce riche passé, le visiteur curieux retiendra 4 monuments très intéressants.

Le prieuré de Graville, le vestige le plus ancien du Havre, présente une magnifique église romane commencée au XI ème siècle. Les bâtiments conventuels du XIII ème abritent un musée d’art sacré, ainsi que la collection Gosselin, unique en son genre, de maquettes de maisons.

Le muséum d’Histoire Naturelle occupe l’ancien palais de justice, achevé en 1760. Sa belle façade classique abrite les riches collections de paléontologie, de minéralogie et de zoologie. Dans cette dernière, la collection Charles Alexandre Lesueur (dessinateur explorateur de l’expédition Baudin aux Terres Australes en 1804) est un ensemble exceptionnel d’aquarelles sur vélin, récemment mis en valeur lors de la commémoration de la découverte de l’Australie.

La maison dite « de l’armateur », fleuron de l’architecture du XVIII ème siècle est le symbole de la prospérité du négoce havrais colonial. Ses salons aux riches lambris et parquets s’organisent autour d’un puits de lumière selon une architecture étonnante.

Le musée de « l’Ancien Havre », enfin, est situé dans la maison des Dubocage de Bléville. Cette belle bâtisse du XVII ème siècle, en pierre blanche et silex, abrita le père, navigateur, pilote, conseiller du Roi qui, après avoir bourlingué sur les côtes d’Amérique, du Chili, du Pérou et même jusqu’en Chine, s’y installa en 1716. Son fils, historien naturaliste, fut le premier échevin de la ville. Cet édifice, de grande qualité architecturale, est classé Monument Historique et illustre merveilleusement le quartier St François. Le musée qui y est installé, très riche en pièces documentaires, présente les particularismes havrais et les replace dans l’Histoire locale et nationale.

 

Un passé militaire trop souvent méconnu

Il est bien injuste que la mémoire populaire n’ait pas retenu l’importante activité de l’arsenal du Havre. Ce port, à l’origine exclusivement militaire, sera pourtant associé à nombre d’évènements heureux ou malheureux. Il jouera souvent un rôle d’abri et l’escadre de Normandie y séjournera à plusieurs reprises (1636). En 1640, quelques vaisseaux partant du Havre prennent part à la bataille de Cadix. En 1666, la flotte Française qui n’avait pu faire sa jonction avec De Ruyter s’y réfugie en partie, alors que le combat avec les anglais a lieu sur la rade. La flotte de Tourville, victorieuse des anglo-hollandais en 1690 à la bataille de Beveziers vient s’y faire réparer. Quant aux 14 vaisseaux ennemis capturés ou mis hors de combat, il avait fallu, faute de pouvoir les remorquer, les couler bas. Aussi le Roi jugea-t-il nécessaire de disposer de galères et il en fait mettre une quinzaine en chantier, dont deux sont construites au Havre. Mais ce type de navire, mal adapté aux conditions de la Manche, ne devait pas y connaître beaucoup de succès. Enfin, quelques navires rescapés du désastre de La Hougue (1692) s’y retrouvent pour panser leurs plaies.

Mais faute de pouvoir accueillir les gros navires en temps de guerre en raison d’une profondeur insuffisante, le port ne joue pas le rôle important qui aurait dû être le sien. Les aménagements de la rade de Cherbourg lui portent un coup fatal et la Marine ferme définitivement l’arsenal en 1826. Le bilan du site est pourtant considérable, puisque, de 1641 à 1823, sont construits 14 vaisseaux, 60 frégates, 55 corvettes et bricks, 50 flûtes ou gabarres et 748 bâtiments légers (canonnières, galiotes, etc.).

Par la suite, les chantiers civils reprendront la construction militaire et se tailleront une belle réputation auprès de nombreuses marines étrangères. Le plus célèbre restera Augustin Normand, dont la créativité et le savoir-faire amèneront de notables progrès en matière de torpilleurs et de sous-marins.

Le Havre jouera par ailleurs un rôle de port de relâche pour les unités, françaises ou étrangères, naviguant en Manche. Mêlant les nécessités d’avitaillement aux finesses de la diplomatie, les flottes seront toujours accueillies chaleureusement par les Havrais, fins connaisseurs des réalisations navales. Ainsi se bousculeront-ils sur les quais pour visiter des navires de guerre venus de Russie, d’Australie ou du Brésil. Sait-on, par exemple, que le 31 mai 1921, le prince-héritier du Japon débarque d’un croiseur japonais pour se rendre à Paris? Mais du fait des liaisons maritimes avec les USA, les Havrais sont particulièrement sensibles au pavillon américain et c’est à une véritable ovation qu’auront droit le sous marin USS Nautilus, le héros du pôle nord, le Savannah, premier cargo nucléaire, le croiseur Iowa, dernier vétéran de Midway ou le porte-avions América, formidable forteresse flottante de 5000 âmes.

 

 Un chaudron politique et social

Les chaudes couleur du soir sur l’estuaire ont de tout temps fait bouillonner le sang havrais. Qu’elles aient produit des générations de navigants, répondant à l’appel de l’horizon, ne surprendra personne. Mais un certain nombre de havrais ont aussi tenté des aventures plus intérieures.

Socialement, la ville a toujours été à la pointe des sensibilités. Ville d’initiatives et d’expériences, Le Havre a vu les débuts de l’habitat social avec Jules Siegfried, les premières cantines scolaires, les premières sociétés de gymnastique, le premier yacht-club continental, et l’avènement de l’Olympisme. Mais c’est aussi l’affaire Jules Durand et les grèves chez Bréguet, premiers signes du Front Populaire.

De cette riche tradition citoyenne naîtra une vie politique intense, qui donnera au Havre deux présidents de la République, Félix Faure et René Coty. La place importante que le port et la ville tiennent dans l’économie du pays ont suscité de nombreuses visites officielles des plus hautes autorités de l’Etat. La dernière en date est celle du Président Chirac, alors qu’il venait tout juste d’être élu. Le maire actuel, Antoine Rufenacht, a joué un rôle national de premier plan dans la récente élection présidentielle, rôle souligné par M. Raffarin, Premier Ministre, lors de sa venue au Havre.

 

Bouillon de cultures

Ville neuve, carrefour de communications et interface avec l’ailleurs maritime, Le Havre a vu passer des populations aux origines très diverses. Migrants nationaux, Bretons ou Alsaciens, émigrants internationaux d’Angleterre, d’Allemagne, de Suisse ou d’Italie se sont pressés dans ses rues et sur ses quais. Mais si les personnes sont passées, les cultures sont restées. A ces influences métissées, la forte présence d’une population maritime a rajouté un bon goût salé. Ainsi, les artistes havrais, créatifs, ont-ils souvent hésité entre conformisme et marginalité. Les exemples ne manquent pas. Si les poèmes de Casimir Delavigne sont oubliés aujourd’hui, son influence pré-romantique sur la littérature française reste indéniable. L’acteur Frédérik Lemaitre reste l’une des stars du théâtre du XIX ème. Plus récemment,  Armand Salacrou, dont la fidélité à sa ville fut exemplaire, mêla avec talent écriture, publicité et politique. Raymond Queneau, redécouvert depuis peu par le public, revendiquait ses origines. Avec son langage avant-gardiste (Leuhav Keusébo), il n’aurait sans doute eu aucun mal à s’adapter à l’envoi de messages avec les téléphones mobiles! On s’étonne de découvrir les Havrais passionnés de musique, rendant hommage à leur concitoyens André Caplet ou Arthur Honneger, et suivant avec passion les spectacles musicaux de plein air. Mais c’est sans doute dans le domaine de la peinture que la réputation du Havre s’est la plus affirmée. Port ouvert sur la lumière, c’est un lieu magique où les talents vont éclore et s’affirmer. Boudin et Monet y lancent le mouvement impressionniste. L’amateur n’a pas oublié que c’est de la fenêtre de l’hôtel de l’Amirauté que Monet peint son célèbre « impression, soleil levant » en 1872. Plus tard, Braque, Friesz et Dufy inventent le fauvisme, et Dubuffet s’inspire de l’Art Brut. De nos jours encore, une multitude d’artistes continuent cette tradition, en y trouvant l’inventivité qui fera les œuvres de demain.

Désormais, dans le port du Havre, il n’y a plus guère de marins, mais des musiciens, des plasticiens et des comédiens à découvrir dans le béton. Art moderne au « Spot », studio installé dans les docks, ou jazz à « l’Agora », c’est Le Havre qui bouge. Ville pionnière, plus ouvrière que Rouen mais moins conformiste que Deauville, Le Havre fait de la résistance à la médiocrité et à la banalisation.

 

Une ville à fleur de port

Tel un chêne puissant, le port a toujours poussé ses racines au cœur de la ville. Les anciens bassins, désertés par le trafic, racontent tous une page d’histoire commerciale : les paquebots, le café, le coton,...Mais c’en est fini de la nostalgie stérile, des « années France » et de la construction navale. La relative facilité avec laquelle Le Havre a digéré le difficile dossier des A.C.H. montre que l’âge de la maturité est venu et que la ville veut désormais vivre avec son temps. L’annonce de l’installation de la société DELMAS a été le premier signe du changement économique, comme un nouveau souffle sur des quais trop longtemps assoupis.

Misant très tôt sur le conteneur, le port a su sentir les évolutions successives de la logistique associé. Si, avec ses 70 millions de tonnes de trafic, il n’est que le 2ème port français, en revanche le flux de 1,5 millions de « boites » en fait de loin le leader national. En valeur, 50% du commerce extérieur transite par Le Havre, devenu acteur incontournable des exportations. La réussite de la réforme de la manutention de 1994, associée à une forte volonté d’expansion, a généré une dynamique de succès qui porte aujourd’hui ses fruits : en juillet 2002, pour la troisième fois de l’année, le port a battu son record mensuel en franchissant la barre des 155 000 conteneurs en un seul mois. Les installations actuelles frisent déjà la saturation et cette progression continue justifie le nouveau  « Port 2000 ». Le projet est gigantesque et projettera le port dans le troisième millénaire commercial avec des atouts majeurs. A plus court terme, l’objectif est de proposer une capacité supplémentaire de 500.000 conteneurs dès 2004, avec un doublement des possibilités actuelles en 2006. Ainsi « L’effet logistique » jouera à plein son rôle de moteur d’une économie locale en plein redémarrage. Les havrais sont fiers des fleurons technologiques de leur zone industrielle qui recèle un potentiel d’hommes et de savoir-faire exceptionnels: Renault, Elf-Atochem, Chevron chemicals, Total Fina Elf, Sidel, Hispano-Suiza, etc.

 

La ville réinventée

Le Havre, blessé à cœur durant le dernier conflit mondial, veut revivre avec son temps. Son architecture de reconstruction, longtemps contestée, est unique et témoigne d’une rare cohérence. Auguste Perret disait du projet : « Je vois au Havre un front de mer qui grouperait tous les monuments de la ville et escorterait les navires jusqu’à leur entrée au port. De hautes tours abriteraient les bureaux des grandes compagnies, des négociants, des industriels, qui s’élèveraient au dessus des maisons ne dépassant pas 5 ou 6 étages….car malgré la tradition, nous ne referons pas du faux Renaissance ». C’était une belle vision de ce que deviendra la Porte Océane, mais il fut bien difficile aux Havrais d’apprivoiser cette avant-garde, cette architecture monumentale, osée, rectiligne. Ils se sont sentis bien seuls pour faire le deuil du Havre d’autrefois, mais les voici au terme de leur thérapie. Ils se sont réappropriés leur ville. Perret disait qu’il fallait faire du Havre une grande ville moderne, les Havrais découvrent depuis peu la réalité de cette réussite. Le récent label « Ville d’Art et d’Histoire » a permis aux Havrais de se réapproprier une architecture qu’ils connaissaient mal et ils ont été sensibles à ce que leur ville soit la première ville reconstruite à bénéficier de cette prestigieuse estampille. En s’engageant dans de nombreuses actions de valorisation, dont une superbe exposition de septembre à janvier 2003, la municipalité a fait le pari d’éduquer le regard des gens, d’enrichir leurs connaissances afin qu’ils puissent apprécier les perspectives et l’harmonie de son architecture. Désormais ambassadeurs de leur propre modernité, les Havrais affichent sans complexe des objectifs touristiques et veulent rééquilibrer en leur faveur les flux de touristes qui sillonnent la Normandie. Une offre originale et bien ciblée est en passe de faire réussir cet ambitieux pari.

 

Un avenir jeune

Afin de séduire les jeunes, Le Havre souhaite réconcilier l’économique et le culturel. La récente remise à neuf du musée André Malraux, magnifique écrin posé en bord de mer, a permis la redécouverte de ses collections et de ses artistes. Braque, bien sûr, mais surtout Dubuffet, dont le style loufoque et coloré a réussi le tour de force d’amener des taggeurs de quartiers défavorisés à la culture. Paraphrasant Malraux, on pourrait dire que c’est ici que tout va recommencer. Cette mutation s’accompagne d’un rajeunissement latent, lié au développement de son offre universitaire. Créée en 1984, cette jeune université compte désormais 9000 étudiants. Faculté des Affaires Internationales, Institut Supérieur de Logistique et Ecole Supérieure de Commerce sont par ailleurs les fleurons de formations tournées vers l’international et le shipping. Et pour tous ces étudiants, Le Havre est la meilleure illustration de la réussite, mariant le professionnel au ludique, le sportif au culturel. Quelle autre ville peut, après une journée d’études, offrir avec une telle facilité autant de loisirs nautiques? Fière de ses appellations « Station nautique » et « station balnéaire », Le Havre voit ses jeunes filer une véritable histoire d’amour avec la mer et le vent. On ne peut rêver meilleurs ambassadeurs pour une ville tournée vers l’avenir!

            Car Le Havre voit toujours plus loin. Par delà l’horizon, vers les cales de construction de la pointe de Bretagne par exemple, où un nouveau navire commence à montrer ses flancs: le MISTRAL. Ce B.C.P. (Bâtiment de Commandement et de Projection) de 199 mètres de long pour 21000 tonnes en charge aura pour marraine la fée de François 1er. Quel plus beau cadeau pour les jeunes havrais et les haut-normands que la découverte de ce navire, des métiers qui gravitent autour de sa construction et de son armement! Ce nouvel outil de notre Défense fera naître, à n’en pas douter, de nombreuses vocations.

Amis de l’Acoram et de la Marine, vous serez séduits par Le Havre, ville de modernité, et comme Casimir Delavigne, vous affirmerez avec enthousiasme

«Après Constantinople, il n’est rien de plus beau ! ».

Valetoux Philippe CF ®

Valetoux Francine OPCTAM ®

 

Remerciements

Cet article doit beaucoup à diverses sources :

 Le Point (N°1434 mars 2000): Le Havre change d’image par L. Vigogne

L’Express (N°2648 avril 2002): Spécial Le Havre 1900 par D. Aubin

Le Figaro magazine (N°17981 juin 2002): Le Havre, ses passions, ses rites, ses secrets par O. Frébourg

Le Havre Océanes (juillet 2002): Des atouts pour séduire par Vanina Charles-Alfred

La Presse Havraise (Le Havre Presse, Havre Libre, Liberté Dimanche)

 

 


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